La décision de Sony de mettre fin à la production de nouveaux jeux PlayStation sur disque à partir de 2028 fait beaucoup parler. Parmi les réactions, celle de Jean-Luc Mélenchon a particulièrement circulé ces dernières heures. Le leader de La France insoumise promet de s’emparer du sujet et résume le problème en une phrase plutôt efficace : « Demain, vous paierez sans jamais rien posséder. »
Sur le fond, difficile de balayer la question d’un revers de main. Mais est-ce vraiment le jeu vidéo physique qu’il faut encore sauver ?
Sony met fin aux jeux physiques, Mélenchon veut légiférer
À partir de janvier 2028, Sony ne produira plus de nouveaux jeux PlayStation sur disque. Les nouvelles sorties seront distribuées sous forme numérique, y compris par l’intermédiaire des revendeurs qui pourront commercialiser des codes de téléchargement.
Face à cette annonce, Jean-Luc Mélenchon a réagi en défendant les droits des joueurs à prêter, revendre et conserver les jeux qu’ils ont achetés. Il annonce vouloir ouvrir un chantier législatif en 2027 autour du jeu vidéo comme bien culturel.
L’initiative a le mérite de poser une vraie question. Seulement, je crains que la bataille du disque soit déjà perdue depuis longtemps.
La guerre du jeu physique est peut-être déjà perdue
Le dématérialisé n’est pas arrivé avec cette annonce de Sony. Cela fait des années que les constructeurs nous accompagnent tranquillement vers des consoles sans lecteur.
Microsoft commercialise la Xbox Series S depuis 2020. Une console uniquement compatible avec les jeux dématérialisés. Pour profiter d’un lecteur de disque au lancement de cette génération, il fallait se tourner vers la Xbox Series X, nettement plus chère. Sony a également proposé des versions numériques de ses PlayStation 5.
Et soyons clairs : nous avons suivi.
Nous avons acheté des jeux en promotion sur les boutiques en ligne, profité des abonnements et construit des bibliothèques numériques parfois impressionnantes.
Sony n’est peut-être pas en train de tuer le jeu physique. Il vient simplement d’annoncer officiellement sa mort.
Le vrai problème n’est pas le disque, mais ce que nous possédons
Je ne suis pas particulièrement attaché à l’idée d’avoir une boîte en plastique sur une étagère. Le problème est ailleurs.
Lorsque j’achetais un jeu physique, je pouvais le prêter à un ami, le revendre ou le donner. Dix ans plus tard, je pouvais encore retrouver le disque au fond d’un carton et décider ce que j’en faisais.
Avec un jeu dématérialisé, j’achète toujours. Du moins, c’est le mot affiché sur la boutique. Pourtant, je ne dispose plus des mêmes droits sur ce que j’ai payé.
Pourquoi ne pourrais-je pas céder définitivement la licence d’un jeu à quelqu’un ? Pourquoi un achat numérique doit-il rester prisonnier d’un compte et d’une boutique ? Et, demain, faudra-t-il imaginer des licences numériques capables d’exister indépendamment de la plateforme qui nous les a vendues ?
Ce sont des questions qui dépassent largement le simple cas de PlayStation.
Sauver les jeux physiques ou repenser nos droits numériques ?
La réaction de Jean-Luc Mélenchon est intéressante parce qu’elle fait entrer cette question dans le débat politique. Mais je doute qu’une loi française suffise à convaincre Sony de relancer ou maintenir une production mondiale de disques.
Le vrai chantier est peut-être ailleurs : redonner aux consommateurs des droits sur les biens numériques qu’ils achètent.
Le disque va peut-être disparaître. Mais ce n’est pas une raison pour accepter que le mot « acheter » disparaisse avec lui.
