Il y a quelques jours, je suis retombé sur un vieil article de PapaPanique consacré à Daddyze, un réseau de papas qui existait au début des années 2010.
L’article n’a plus vraiment d’intérêt aujourd’hui. Le service a disparu depuis longtemps et personne ne semble spécialement chercher à savoir ce qu’il est devenu.
Mais il m’a fait me poser une question beaucoup plus intéressante.
Aujourd’hui, si j’ai simplement envie de discuter avec d’autres papas sur Internet… je vais où ?
Pas forcément parce que j’ai un problème urgent avec mes enfants. Pas nécessairement parce que je suis séparé, jeune papa ou père d’un ado compliqué.
Juste parce que je suis un mec, que je suis papa, et que j’ai envie d’échanger avec d’autres hommes qui vivent aussi cette partie-là de leur vie.
J’ai cherché.
Et le résultat est assez étonnant.
Les communautés de papas existent… mais il faut les chercher
Il existe évidemment encore des endroits où discuter parentalité.
Sur Reddit, par exemple, ParentingFR accueille énormément de discussions de parents, avec régulièrement des pères qui viennent demander conseil, raconter leurs galères ou simplement partager une expérience.
Mais ParentingFR est justement ce que son nom indique : une communauté de parents, pas une communauté de papas.
Un espace francophone spécialement consacré aux pères, PapasFrance, a bien été créé récemment. Et la raison donnée par son créateur est assez révélatrice : après avoir cherché des endroits où échanger entre pères, il avait surtout trouvé des communautés anglophones, des espaces parentaux généralistes ou des groupes de papas peu actifs.
Il a donc décidé de créer le sien.
Autrement dit, en 2026, quelqu’un s’est retrouvé à faire presque le même constat que nous pouvions faire il y a plus de dix ans.
Il existe des papas qui aimeraient échanger entre eux, mais il n’existe toujours pas vraiment de gros lieu francophone évident où ils se retrouvent.
Et lorsqu’on regarde certaines discussions sur Reddit, on retrouve déjà les deux camps.
Certains pères expliquent qu’ils aimeraient avoir un espace entre hommes pour parler de leur quotidien de père.
D’autres répondent très franchement qu’ils ne voient absolument pas pourquoi ils auraient besoin de discuter spécialement avec d’autres papas.
Et finalement, toute la question est peut-être là.
Les papas ne se sont peut-être pas isolés : ils se sont dispersés
En cherchant un peu plus loin, on finit quand même par trouver des communautés.
Le Papa Café Club, par exemple, développe des rencontres entre pères dans plusieurs villes françaises et propose également des communautés WhatsApp locales.
Il existe aussi des groupes Facebook consacrés aux papas séparés, aux futurs pères, aux jeunes papas ou à des situations familiales particulières.
Ce qui donne une impression assez étrange.
Il semble relativement facile de trouver :
- des papas séparés ;
- des jeunes papas ;
- des papas d’une ville précise ;
- des pères confrontés à une difficulté particulière.
Mais beaucoup moins simplement :
des papas.
Une communauté où le fait d’être père serait simplement le point commun de départ, sans forcément devenir le sujet de toutes les conversations.
Parce qu’un papa n’a pas forcément envie de parler de ses enfants toute la journée
C’est probablement ce qui me gêne un peu lorsque l’on imagine un réseau uniquement consacré à la parentalité masculine.
Être papa fait partie de notre vie. Ce n’est pas nécessairement toute notre identité.
On peut avoir envie de discuter d’éducation, de sommeil, de garde alternée ou de la première rentrée scolaire.
Mais on peut aussi avoir envie de parler boulot, jeux vidéo, sport, cuisine, séries, musique, vacances ou simplement raconter une connerie qui nous est arrivée dans la journée.
Le fait d’avoir des enfants crée malgré tout un contexte commun.
J’ai par exemple croisé récemment sur Reddit la discussion d’un père qui cherchait d’autres personnes avec qui jouer aux jeux vidéo.
Le problème n’était pas vraiment le jeu.
Ses horaires avaient simplement changé depuis qu’il était père. Il pouvait jouer tard le soir, être obligé d’interrompre une partie parce que son enfant se réveillait ou devoir annuler au dernier moment.
Une personne lui suggérait alors de créer un Discord entre parents gamers.
Et je trouve que cet exemple résume assez bien l’idée.
Le sujet de la conversation n’est même pas la parentalité.
Mais le fait d’être parent change suffisamment le quotidien pour que l’on puisse avoir envie de retrouver des personnes qui comprennent immédiatement pourquoi on peut être disponible à 21 h 30 et disparaître quinze minutes plus tard parce qu’un gamin s’est réveillé.
Une communauté de papas pourrait simplement être un endroit où l’on est papa sans être obligé de parler constamment de parentalité.
Ailleurs, ce type de communauté arrive pourtant à fonctionner
Du côté anglophone, il existe un exemple assez évident avec Daddit, l’une des grandes communautés Reddit consacrées aux pères.
On y retrouve des nouveaux papas, des pères célibataires, des beaux-pères et plus largement toutes sortes de profils.
Les discussions peuvent être très sérieuses, avec des problèmes de couple, des séparations ou des inquiétudes liées aux enfants.
Mais on y trouve aussi des blagues, des photos, des petites victoires du quotidien et des conversations beaucoup plus légères.
Et surtout, certains membres ne parlent pas seulement de Daddit comme d’un endroit où poser une question.
Ils parlent véritablement d’une communauté.
Tout n’y est évidemment pas parfait. Certains habitués regrettent justement que les discussions difficiles prennent parfois trop de place par rapport à l’humour et aux échanges légers qui les avaient attirés au départ.
Ce qui montre aussi une chose importante :
faire vivre une communauté est beaucoup plus compliqué que simplement créer un forum.
Et si le problème n’était finalement pas spécifique aux papas ?
Il existe aussi une autre possibilité.
Peut-être que je regarde tout ça avec mes yeux de quelqu’un qui a connu une autre époque du Web.
Quand PapaPanique a commencé, les blogs créaient assez naturellement de petits réseaux.
On lisait les articles des autres. On commentait. On finissait par reconnaître les pseudonymes. On se retrouvait ensuite sur Twitter ou Facebook.
Une conversation pouvait commencer sous un article, continuer ailleurs et reprendre plusieurs jours plus tard.
Je ne vais pas non plus transformer l’Internet des années 2010 en paradis perdu. Il avait largement ses défauts.
Mais j’ai quand même le sentiment qu’il existait davantage cette idée d’un espace commun.
Les réseaux sociaux actuels fonctionnent beaucoup plus autour de notre propre espace.
- Mon compte.
- Mes publications.
- Mes abonnés.
- Mes statistiques.
- Mon audience.
Instagram, TikTok, Facebook et les autres plateformes nous ont tous donné notre petite scène personnelle.
Et je me demande parfois si, à force de donner une scène à chacun, nous n’avons pas un peu perdu l’habitude de nous retrouver dans une même salle.
Peut-être qu’une partie du problème est là.
Lorsqu’on rencontre une difficulté, on cherche un groupe, on pose une question, on récupère quelques réponses… puis on retourne sur nos réseaux habituels.
Il manque ce petit quelque chose qui donne envie de revenir demain alors qu’on n’a besoin de rien.
Une communauté de papas serait-elle finalement trop restrictive ?
En commençant à réfléchir à cet article, je pensais principalement à une communauté de pères.
Maintenant, je n’en suis plus aussi certain.
Pourquoi forcément reproduire ce que beaucoup ont déjà fait en mettant d’un côté les mamans et de l’autre les papas ?
PapaPanique pourrait très bien, par exemple, proposer un jour une communauté de parents.
Un espace commun où chacun pourrait discuter, peu importe que l’on soit père, mère, en couple, séparé, dans une famille recomposée, un couple homosexuel ou dans n’importe quelle autre configuration familiale.
Et à l’intérieur de cette communauté, rien n’empêcherait d’avoir des espaces plus spécifiques.
- un coin entre papas ;
- un espace entre mamans si la demande existe ;
- des discussions pour les parents séparés ;
- des groupes locaux ;
- des espaces autour des loisirs ;
- et surtout des endroits où l’on pourrait simplement parler d’autre chose.
Certaines conversations pourraient être visibles par tous, tout en réservant la possibilité de répondre aux personnes concernées.
D’autres pourraient éventuellement être plus privées.
Pas parce que les autres n’auraient rien d’intéressant à apporter.
Simplement parce qu’il existe parfois des sujets dont on a envie de discuter avec des personnes qui vivent quelque chose de proche.
Pas besoin de créer un nouveau Facebook
Je n’imagine évidemment pas lancer demain un gigantesque réseau social avec l’ambition de remplacer Facebook, Reddit ou Instagram.
Ce serait totalement irréaliste.
Et ce n’est probablement pas ce qu’il faut.
Quelques dizaines de personnes qui commencent à se reconnaître et ont réellement plaisir à revenir discuter peuvent finalement créer quelque chose de beaucoup plus intéressant que plusieurs milliers de comptes qui ne publient jamais rien.
Parce que le vrai problème n’est pas forcément d’obtenir des inscriptions.
Il est de créer de la vie.
Une communauté avec 500 comptes et trois messages par semaine ressemble surtout à un endroit abandonné.
À l’inverse, vingt personnes qui reviennent régulièrement, répondent aux nouveaux venus et commencent naturellement à se connaître peuvent déjà créer une vraie ambiance.
Mais est-ce que quelqu’un en a réellement envie ?
C’est finalement la grande question qui me reste.
Je trouve des papas qui cherchent des communautés.
J’en trouve qui créent des groupes parce qu’ils n’ont pas réussi à trouver ce qu’ils voulaient.
On voit également apparaître des initiatives locales et des espaces spécialisés.
Donc il existe clairement un besoin quelque part.
Mais est-il suffisamment important ?
Peut-être que l’immense majorité des pères s’en fiche complètement.
Peut-être qu’ils ont déjà leurs amis, leurs groupes WhatsApp, leurs communautés autour du sport, du jeu vidéo ou du travail et qu’ils n’ont aucune envie de rejoindre un espace supplémentaire simplement parce qu’ils ont des enfants.
Et ce serait une réponse parfaitement valable.
Parce que la pire idée serait probablement de construire une communauté dont personne n’a réellement besoin.
Créer l’outil n’est finalement pas le plus compliqué.
Créer la vie qui va avec, c’est une autre histoire.
Alors, j’ai envie de vous poser la question
Pour le moment, il n’y a aucune annonce.
Je ne vous dis pas que PapaPanique va lancer demain « le nouveau réseau des parents ».
Mais l’idée mérite peut-être d’être creusée.
Et avant d’y consacrer du temps, j’aimerais surtout savoir ce que vous en pensez.
Est-ce qu’une véritable petite communauté de parents vous intéresserait encore aujourd’hui ?
Si vous êtes papa, est-ce qu’avoir parfois un espace consacré aux échanges entre pères vous apporterait quelque chose ?
Est-ce que vous préféreriez au contraire un espace complètement mixte ?
Et surtout :
qu’est-ce qui pourrait réellement vous donner envie d’y revenir régulièrement ?
Les conseils ? Les discussions libres ? L’humour ? Les groupes locaux ? Pouvoir parler parfois de parentalité et parfois de complètement autre chose ?
Ou est-ce qu’au fond, entre Facebook, Reddit, Instagram, WhatsApp, Discord et nos vies déjà bien remplies, nous avons tout simplement assez de réseaux comme ça ?
Je n’ai pas réellement la réponse.
Et pour une fois, c’est justement la vôtre qui m’intéresse le plus.
Et si PapaPanique ouvrait un espace communautaire ?
Vous seriez plutôt :
- 🔥 J’irais clairement voir
- 🤔 Pourquoi pas, ça dépend de l’ambiance
- 📱 J’ai déjà mes espaces ailleurs
- 🙅 Ça ne m’intéresse pas
Dites-moi aussi en commentaire ce qui pourrait vous donner envie de participer réellement à une telle communauté… ou au contraire pourquoi vous n’en voyez absolument pas l’intérêt.
